Intelligence Artificielle : la Corée du Sud veut accompagner la transformation numérique de l’Afrique
Du 8 au 11 septembre 2026 prochain, Séoul accueillera la 8e Conférence ministérielle de coopération économique Corée–Afrique. Cette édition sera consacrée à l’intelligence artificielle et aux infrastructures numériques, alors que le continent cherche encore à renforcer ses capacités de calcul, ses data centers et ses réseaux pour réellement profiter de la révolution de l’IA.
Séoul accueille un sommet consacré à l’IA africaine
Ministres africains des Finances, responsables du numérique, entreprises et institutions de développement sont attendus à Séoul du 8 au 11 septembre pour la 8e Conférence ministérielle Korea–Africa Economic Cooperation, plus connue sous le nom de KOAFEC.
Organisée par la Banque africaine de développement, le ministère sud-coréen des Finances et de l’Économie et Korea Eximbank, la rencontre aura pour thème : « Exploiter l’IA et les infrastructures numériques pour la transformation de l’Afrique ».
Au programme : intelligence artificielle, investissements, infrastructures numériques, coopération économique et rencontres entre entreprises africaines et coréennes. Le sommet doit également déboucher sur un nouveau plan d’action KOAFEC pour 2027-2028.
L’IA : Un potentiel économique considérable
L’intérêt pour l’intelligence artificielle en Afrique ne se limite plus aux start-up ou aux grandes entreprises technologiques.
Selon une étude publiée par la Banque africaine de développement, un déploiement plus large et inclusif de l’IA pourrait générer jusqu’à 1 000 milliards de dollars de PIB supplémentaire en Afrique d’ici 2035. L’agriculture, le commerce, l’industrie, la finance et la santé figurent parmi les secteurs qui pourraient en bénéficier le plus.
Mais cette croissance potentielle dépend d’un élément essentiel : disposer des infrastructures permettant réellement de développer et d’utiliser ces technologies.
Le défi des data centers et de la puissance de calcul
L’Afrique reste encore très minoritaire dans l’infrastructure numérique mondiale.
Selon l’African Data Centres Association, le continent représente seulement 0,6 % de la capacité mondiale des data centers, malgré une progression rapide des investissements. L’association estime à environ 360 mégawatts la capacité actuellement active sur le continent, auxquels s’ajoutent plusieurs centaines de mégawatts en construction ou à l’état de projet.
Or l’intelligence artificielle nécessite énormément de puissance informatique.
Data centers, cloud, processeurs spécialisés, réseaux haut débit et électricité fiable deviennent donc aussi importants que les logiciels eux-mêmes. La Banque mondiale rappelle que les pays souhaitant tirer parti de l’IA doivent pouvoir combiner quatre éléments : connectivité, capacité de calcul, données et compétences.
Pour l’Afrique, la question n’est donc pas seulement de savoir comment utiliser ChatGPT ou d’autres outils d’intelligence artificielle. Elle consiste aussi à déterminer où seront stockées les données, où seront effectués les calculs et qui contrôlera les infrastructures nécessaires.

L’énergie, autre enjeu majeur en Afrique
À cette équation s’ajoute un défi bien connu du continent : l’électricité.
Les data centers nécessitent une alimentation énergétique importante et surtout continue. L’African Data Centres Association estime désormais que la disponibilité de l’électricité constitue l’un des principaux freins au développement de nouvelles capacités sur le continent.
La Banque mondiale souligne également que l’adoption de l’intelligence artificielle restera difficile dans les pays où l’électricité et l’accès à Internet demeurent insuffisants. En Afrique subsaharienne, une part importante des établissements scolaires ruraux ne dispose toujours pas d’une alimentation électrique ou d’une connexion Internet fiable.
L’enjeu est donc autant énergétique que technologique.
Pourquoi la Corée du Sud s’intéresse à l’Afrique
Le rapprochement avec Séoul n’est pas nouveau. La coopération économique entre la Corée du Sud et l’Afrique dans le cadre du KOAFEC existe depuis 2006.
La Corée dispose d’une expertise reconnue dans les semi-conducteurs, les télécommunications, les infrastructures numériques et l’électronique. De son côté, l’Afrique représente un marché jeune, en forte croissance démographique et encore largement sous-équipé sur le plan numérique.
Les deux partenaires cherchent désormais à transformer cette complémentarité en investissements concrets. La coopération KOAFEC finance déjà des projets dans l’énergie, les infrastructures, les TIC et la formation. Plus de 240 activités ont été soutenues à travers son fonds de coopération, pour plus de 100 millions de dollars.
L’Afrique face à un choix stratégique
L’IA peut représenter une opportunité majeure pour le continent, notamment dans l’agriculture, la santé, la finance ou l’éducation.
Mais la prochaine étape sera de passer d’une Afrique principalement utilisatrice des technologies à une Afrique capable d’en héberger une partie de l’infrastructure, de former ses propres spécialistes et de développer des solutions adaptées à ses réalités.
La conférence Afrique–Corée de septembre ne suffira évidemment pas à résoudre ce défi. Elle intervient néanmoins à un moment où la question devient stratégique : l’Afrique peut-elle profiter pleinement de la révolution de l’intelligence artificielle si l’essentiel de sa puissance de calcul reste situé ailleurs ?
La réponse dépendra autant des investissements dans les data centers et l’énergie que des applications d’IA elles-mêmes.
Sources : Banque africaine de développement – « 8th Korea–Africa Economic Cooperation Ministerial Conference, août 2026. »


