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Après le mobile money, MTN veut devenir une banque en Afrique ! 

Après avoir installé le mobile money dans le quotidien de millions d’Africains, MTN veut aller plus loin. Le géant des télécoms envisage d’obtenir des licences bancaires sur certains marchés afin de pouvoir accorder directement des crédits. Une évolution qui illustre la frontière de plus en plus mince entre opérateurs télécoms, fintech et banques en Afrique.

Du portefeuille mobile au crédit bancaire

Payer une facture, envoyer de l’argent à un proche ou recevoir un transfert : le mobile money a déjà profondément changé les habitudes financières sur le continent. MTN veut désormais franchir une nouvelle étape.

Le groupe sud-africain étudie la possibilité d’obtenir des licences bancaires dans certains pays africains, a indiqué son directeur général Ralph Mupita. L’objectif serait notamment de pouvoir prêter directement de l’argent à certains utilisateurs, alors que MTN propose aujourd’hui une partie de ses solutions de crédit en partenariat avec des banques.

Le changement n’est pas anodin. Accorder directement des prêts signifierait pour l’opérateur assumer lui-même davantage du risque financier associé au crédit.

MTN se montre donc prudent : cette évolution serait progressive et ne concernerait que certains marchés où la demande et la taille de son activité financière justifieraient une telle stratégie.

MoMo est déjà devenu bien plus qu’un moyen d’envoyer de l’argent

Cette ambition s’appuie sur un écosystème qui a considérablement grandi.

À la fin du premier semestre 2026, MTN comptait 70,8 millions d’utilisateurs actifs mensuels de Mobile Money (MoMo). Sur les six premiers mois de l’année, ses plateformes fintech ont traité environ 13 milliards de transactions, pour une valeur dépassant 330 milliards de dollars.

Surtout, MoMo ne se limite plus au transfert d’argent. MTN propose désormais, selon les marchés, des paiements marchands, des transferts internationaux, de l’assurance ou encore des solutions de crédit.

Cette dernière activité connaît une croissance particulièrement rapide. Sur l’ensemble de 2025, MTN indiquait avoir facilité environ 3,5 milliards de dollars de prêts, soit une forte progression par rapport à l’année précédente. Des produits de crédit ont notamment été développés en Ouganda, au Ghana, au Rwanda, en Zambie, au Cameroun et au Congo-Brazzaville.

En obtenant ses propres licences bancaires là où cela est possible, MTN pourrait donc réduire sa dépendance à certains partenaires financiers et conserver une plus grande partie de la valeur générée par ces services.

Les télécoms deviennent-ils les nouvelles banques africaines ?

Le mouvement pose une question plus large : jusqu’où les opérateurs télécoms peuvent-ils aller dans les services financiers ?

Leur principal avantage est évident. Des groupes comme MTN disposent déjà d’une immense base de clients, d’un réseau d’agents et d’une quantité importante de données liées aux transactions.

Pour des millions de personnes qui utilisent régulièrement un portefeuille mobile mais restent peu ou mal desservies par les banques traditionnelles, leur téléphone peut ainsi devenir progressivement une véritable porte d’entrée vers des services financiers plus avancés.

Le crédit représente notamment un marché considérable : particuliers, petits commerçants et entrepreneurs rencontrent encore souvent des difficultés pour obtenir rapidement de petits financements auprès des circuits bancaires classiques.

Mais devenir prêteur implique aussi de nouvelles responsabilités. Évaluation de la solvabilité, risque de défaut, protection des consommateurs, sécurité des données ou encore lutte contre le surendettement : les exigences ne sont plus les mêmes lorsqu’une entreprise passe du paiement au crédit.

C’est précisément pour cette raison que l’obtention de licences bancaires et la supervision des régulateurs seront déterminantes.

MTN veut devenir une plateforme numérique, pas seulement un opérateur télécom

Cette évolution s’inscrit dans une transformation beaucoup plus large du groupe.

MTN développe désormais sa stratégie autour de plusieurs activités numériques, des télécommunications à la fintech en passant par les infrastructures.

Fin août, le groupe a également annoncé un partenariat pour développer des data centers adaptés aux besoins de l’intelligence artificielle, avec une première priorité donnée à l’Afrique du Sud et au Nigeria. L’objectif initial porte sur environ 150 mégawatts de capacité.

Le message est clair : MTN cherche progressivement à devenir une plateforme technologique africaine capable de fournir non seulement de la connectivité, mais aussi des services financiers et les infrastructures nécessaires à l’économie numérique.

Pour les consommateurs africains, l’évolution pourrait rendre certains services financiers plus accessibles et plus rapides. Pour les banques, elle signifie aussi l’arrivée de concurrents disposant déjà de dizaines de millions de clients dans leur poche.

Le prochain grand chapitre du mobile money africain pourrait ainsi ne plus seulement consister à déplacer de l’argent, mais à l’épargner, l’investir et surtout… à l’emprunter.

Source : Reuters, 25 août 2026

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